(Crédit photo: Ministère de l’Alyah et de l’intégration)

Daniel Haïk : Marc Eisenberg, vous étiez présent hier à cette réunion. Alors, houleuse ou calme ? Y-avait-il beaucoup de tension hier ?

Marc Eisenberg: En langage diplomatique, on pourrait dire que les échanges ont été francs. Mais le déroulement de la réunion n’est pas le plus important. Ce qu’il faut comprendre, c’est que nous sommes en face d’une difficulté assez classique : comment faire pour travailler ensemble :  un état et ses ministères d’une part et des organismes philanthropiques de l’autre ; ce problème qui existe en Israël existe dans le monde entier. Les uns comme les autres n’ont pas exactement les mêmes objectifs, le même agenda et les mêmes moyens. Mme La Ministre Sofa Landver répète qu’elle s’occupe de l’ensemble des gens qui dépendent de son ministère et pas seulement des français.  Alors que le militant qui s’épuise bénévolement sur le terrain pour aider à l’Alyah, l’intégration des juifs de France depuis des années, et qui n’a pas de rapport avec le ministère, a le sentiment souvent d’être abandonné par le ministère ; Pour lui, ce qu’il fait, c’est la chose la plus importante au monde et c’est légitime. Donc on a une difficulté à travailler ensemble.

 

D.H : Mais tout de même, il semble -et c’est une plainte qui revient de la part de plusieurs organisations d’olims- que Sophia Landver qui est d’origine russe et qui est membre éminente du parti d’Avigdor Libermann, donne trop souvent la priorité à l’Alyah de Russie et d’Ukraine et peut être se désintéresse un peu de l’Alyah de France.

M.E : je poserai la question différemment : le discours de la Ministre et de tous ses prédécesseurs c’est : Il faut donner la même chose aux olim de Russie d’Ukraine et de France. Or, derrière ce discours qui peut paraître logique, il y a en fait une erreur parce que les besoins ne sont pas les mêmes et, à partir du moment où les besoins ne sont pas les mêmes, où la situation des juifs en France, comme le savent très bien nos auditeurs, est très difficile, il y a une opportunité de faire monter de très nombreux juifs de France en Israël et en tous cas, de faire réussir leur intégration. Il faut donc prendre des mesures spécifiques pour que cette Alyah réussisse. Par exemple, on peut mettre en place un programme pour aider la délocalisation de bizness d’affaires et que les hommes d’affaires puissent venir facilement installer leur société en Israël, recruter et donner du travail en Israël. Vous admettrez avec moi, mon cher Daniel, que c’est un problème qui se pose beaucoup moins pour les ukrainiens ou pour les russes. De manière générale, la question est de voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Je vais vous donner un exemple : il est incontestable que l’Etat d’Israël est le pays au monde qui fait le plus pour ses immigrants, pour ses olim, c’est vrai. Et qu’est-ce que nous dit Sofa : Moi, je suis aussi une ancienne ola et quand je suis venue il y a trente ou quarante ans, je n’avais pas la chance d’avoir une ministre qui comme moi, s’investit tous les jours dans les dossiers et veut faire avancer les choses et je n’avais pas la chance d’avoir l’aide qu’aujourd’hui reçoivent les olim.

Elle a raison, il faut dire merci, mais, ce qui est également vrai et c’est là que je dis que le verre est à moitié vide : Cela ne suffit pas !

Pourquoi ? Parce que nous avons en France, selon des études très sérieuses, à minima 50,000 personnes et peut être 200,000 personnes qui songent sérieusement à venir en Israël et qui ne viennent pas. Pire, le chiffre de l’Alyah a diminué de moitié par rapport à 2015 !

D.H : peut-être parce que le ministère de l’intégration ne met pas suffisamment de moyens à la disposition des organisations d’olim, des olim eux-mêmes, pour faciliter leur intégration

M.E : C’est parce que l’État ne met pas assez de moyens, ce n’est pas seulement le ministère de l’intégration.  Je vais vous donner un exemple de cette difficulté de communication. Hier, par exemple, on nous a parlé des infirmières et la Ministre s’est félicitée qu’aujourd’hui le Ministère de la Santé, grâce a un nouveau cours de préparation à l’examen, a vu le nombre d’infirmières qui auraient réussi tout récemment l’examen passer de 10 à 25% !! et que pour Fin 2018 il y aurait aussi un examen pratique !!

 Donc, vous voyez quel progrès nous faisons ??  a rajouté Mme la Ministre.

Et nous, qu’est que nous disons ? Nous disons : les infirmières françaises sont mieux formées que les infirmières israéliennes, nous voulons 100% de succès sans examen et nous invitons d’ailleurs les auditeurs de Qualita qui partagent cette analyse à signer la pétition que nous avons mis en ligne : 100% pourquoi ? parce qu’il y a un manque criant en Israël d’infirmières. Nous avons 3 hôpitaux qui ont écrit : nous pouvons engager demain 50 infirmières. Pour le bien-être d’Israël, nous voulons donc que 100% des infirmières françaises puissent travailler. Donc d’un côté, il y a un progrès et de l’autre côté, cela ne suffit pas.

D.H : Vous avez un autre exemple ?

Oui, la ministre a affirmé :  « nous avons fait un progrès pour montrer que le ministère s’intéresse aux français » et de rajouter : Avant, il y avait 20 personnes au ministère de la klita qui parlaient français. Aujourd’hui y en a 40… vous voyez, on multiplie par 2 !!   Et nous qu’est-ce que nous disons ? Il a 500 employés au ministère, dont 90% qui ne parlent donc pas français alors que les Olim de France représentent 1/3 de la Alyah. Nous ne demandons pas que 100% des gens parlent français mais ce pourcentage de 10 % est insuffisant.

D.H : mais, Marc Eisenberg, peut-être en essayant de prendre un recul, on l’a vu il y a dix jours à peine pendant les fêtes de souccot, on a vu que lorsqu’il y a une organisation représentative des olim de France comme Qualita, qui est capable de frapper sur la table    eh bien il y a un effet ! On l’a vu à propos de la lettre qui a été écrite par Qualita au Ministre des Affaires Sociales Haim Katz qui protestait contre la fermeture de projets d’aide sociale en langue française aux olim de France et c’était aussi une preuve d’une forme de mépris de déconsidération, concernant les olims de France. Lorsque l’on tape du poing sur la table, et c’est une méthode israélienne très connue et bien, on obtient gain de cause, et on l’a vu, le jour même, quelques heures après que cette lettre ait été reçue, le Ministre a donné ordre de trouver les fonds pour continuer le projet !

M.E : Effectivement Daniel, je me félicite que le gouvernement ait revu sa copie et que le Premier Ministre se soit du coup lui-même impliqué.

D.H :  Peut-être que l’heure est venue de taper du poing sur la table et d’essayer de dire : l’Alyah de France doit être considérée à sa juste valeur, avec l’ensemble de sa contribution à la société israélienne et elle mérite mieux que ce que le ministère de l’intégration aujourd’hui lui donne.

M.E : alors, pour que ça marche mieux, il y a un certain nombre de conditions :

  • D’une part il faut qu’il y ait un respect mutuel des uns et des autres. Durant la réunion d’hier on a eu le sentiment que les membres du ministère nous ont dressé un panorama, un tableau trop idyllique de la situation.
  • Certes, il y a des tas de programmes opérés par le ministère qui sont intéressants, le problème c’est qu’ils ne sont pas connus, ils ne sont pas utilisés par les olims. Les olims français ne sont pas toujours des gens faciles, c’est à nous de faire des efforts, mais d’un autre côté, il faut que le gouvernement et le ministère comprennent qu’il y a des choses qu’ils ne peuvent pas faire et, que pour que ça marche, il faut travailler avec les associations. Et effectivement, il y a un problème financier, c’est à dire qu’il y a des programmes très importants dans lesquels de nombreux donateurs privés donnent de l’argent pour améliorer l’intégration et qui ne sont pas, aujourd’hui, du tout supportés par le ministère, il n’y a pas le matching, qui est pourtant le mot clé en Israël, sur les actions philanthropiques.

D.H : C’est quand même une preuve de mauvaise volonté on va dire de la part du ministère.

M.E : écoutez, on va donner encore une fois, sa chance à la Ministre, nous voulons que ça fonctionne et, on va donner l’exemple qu’on connait bien à qualita, du hub de l’Emploi.

J’ai parlé à la Ministre il y a plus d’un an de cette initiative, du hub de l’emploi. Sa réponse fut : « pourquoi pensez-vous réussir là où tant d’autres ont échoué » ?

Hors, ce hub de l’Emploi, ouvert à Pessah, objectivement est un grand succès, car il répond à une réelle demande :  Nous avons accueilli plus de 1200 personnes et nous les avons aidés dans leurs processus professionnels en Israël, que ce soit des indépendants ou des gens qui cherchent un travail. Nous avons trouvé un travail et placé plus de 70 personnes en quelques mois !!

D.H : mais est ce qu’il y a un matching? Est-ce que, par exemple, il y a une subvention du ministère de l’intégration au Hub de l’emploi aujourd’hui ?  Je vais vous poser la question directement : Quel est le montant de la subvention du ministère au hub de l’emploi aujourd’hui ?

M.E : le ministère avait pensé que ce programme n’était pas nécessaire ou ne réussirait pas. Maintenant que l’on a fait la preuve de son succès, de son efficacité, et du fait qu’il est indispensable, nous travaillons pour essayer d’ouvrir un Hub de l’Emploi à Tel Aviv pour servir plus efficacement les populations de Natanya, Ashdod, et Raanana. J’espère vraiment que le ministère va faire un matching et donner des subventions.

Ça sera quelque part, entre autres projets, un juge de paix. Nos auditeurs savent que la situation est difficile et comprennent à la fois que le ministère fait des choses- on le voit bien quand en arrive en Israël, que ce n’est pas la même chose qu’il y a vingt ans : on est plus aidé- mais ils comprennent aussi que s’il y a des gens qui quittent Israël, c’est de notre responsabilité à nous tous. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, Qualita a lancé récemment le projet QualiTime : on a demandé à des bénévoles, à des olim vatikim de donner de leur temps pour aider les olim hadachim. Les mille personnes qui se sont déjà inscrites comme bénévoles pour donner de leur temps, et je les remercie, savent que, de temps en temps, il y a des gens qui quittent Israël. Pas pour des problèmes du misrad haklita, mais parce qu’ils vivent de manière difficile en Israël, ils sont trop seuls, ils ne sont pas accueillis le chabbat, ils sont perdus dans la jungle administrative etc. Donc, on a tous une responsabilité, et pour que ça marche aujourd’hui, il faut presque redémarrer cette relation à zéro.

D.H : vous avez le sentiment que l’avertissement lancé hier a été saisi ?

M.E : ce n’est pas un avertissement ; nous parlons à des responsables, et nous leur disons : ce qui est fait c’est souvent bien mais c’est insuffisant ; nous nous adressons à l’ensemble du gouvernement, au Ministère des Finances aussi : il faut plus de moyens, il faut un respect mutuel, il faut un matching des grands projets ! Et oui, nous reconnaissons que vous faites des choses, et non,  nous ne voulons pas prendre votre place, et non,  nous ne voulons pas faire de la politique, nous sommes là pour le bien-être du pays , tout comme vous, vous êtes là pour le bien être du pays – Cela passe par une intégration des juifs de France ; c’est rentable : nous vous rappelons qu’une étude académique a démontré  : 1 shekel investi pour l’intégration des Olim de France rapporte en 10 ans 15 shekels à l’Etat d’Israël, donc il y a là une nécessité idéologique, et ça doit marcher!

D.H : s’il l’on devait se projeter sur l’avenir, que se passerait –il, selon vous, si le ministère ne donnait pas suite, qu’est-ce que l’on pourrait envisager ? Est-ce que l’on pourrait envisager une solution comme ce qu’ont fait les américains, ils se sont sentis eux aussi, à un certain moment, mis à l’écart par le ministère et ont fini par créer Nefesh BeNenesh- une association qui est totalement en dehors de la structure du ministère et qui reçoit de l’argent directement du gouvernement, on parle de 10 à 20 millions de shekels !

M.E : Plus que ça puisque la moitié du budget de Nefesh BeNefech est donnée par l’intermédiaire du KKL et donc, effectivement, ils ont un budget très important, nettement plus important que ce que reçoivent les olim de France, alors que le nombre d’olim américains varie entre 2000 et maximum 3000-3400 c’est-à-dire moins que l’Alyah de France.

Ecoutez, on peut tout imaginer, nous avons eu hier quand même, une Ministre qui nous a dit qu’elle voulait travailler avec nous, qu’elle voulait établir un partenariat. Elle nous a demandé de mettre des dossiers sur la table, et elle va en avoir des dossiers sur la table ! Parce qu’il y a beaucoup d’actions que nous menons, il y a beaucoup de choses qui sont faites avec les associations qui méritent d’être encouragées !

D.H :  Il y a eu pendant plusieurs années un représentant des francophones au ministère de l’Intégration qui était Ariel Picard, qui n’est plus en fonction depuis plusieurs mois.

M.E : Il a été remplacé par notre ami Olivier Rafovitch qui nous a dit :  je suis là pour obtenir des choses nouvelles et plus importantes du ministère de l’Alyah et la klita. On va lui donner sa chance !

C’est notre intérêt commun, nous travaillons tous pour aider l’Etat d’Israël et je finirai en lançant une invitation solennelle à Sofa Landver de venir à la radio expliquer son action , de répondre à nos questions, de répondre en direct aux questions des auditeurs de la manière la plus transparente pour qu’elle puisse défendre son action et qu’on puisse voir comment demain nous allons , j’espère ensemble, améliorer la situation de l’intégration des juifs de France, de Belgique ou des pays francophones.

D.H : Eh bien Marc Eisenberg merci, on rappelle donc cette invitation officielle lancée par Qualita par Marc Eisenberg, à Sofa Landver à venir ici dans le studio de Qualita pour une émission exceptionnelle en direct, peut-être même avec des olim qui interviendraient et qui poseraient leurs questions pour faciliter ce dialogue entre le Ministère de l’intégration et les olim de France

Merci Marc Eisenberg de nous avoir éclairer sur cette réunion importante peut-être même déterminante pour l’intégration des olim de France.