Avec la création de Qualita en juin 2015, le président de l’Alliance israélite universelle a donné un élan décisif à l’intégration des juifs français en Israël. Des associations investies dans le suivi des olim sont désormais fédérées par cette organisation qui vise aussi à porter la voix des francophones au niveau politique.
Actualité Juive : Quels sont les objectifs de Qualita ?

Marc Eisenberg : Qualita est une association qui fédère et rassemble plusieurs dizaines d’associations israéliennes agissant sur le terrain dans les domaines du logement, du social, de l’emploi et de l’éducation pour améliorer l’intégration des olim français en Israël. Elle réunit par exemple le CNEF, Gvahim, KIAH et la FIF. Même le CRIF est adhérent ! Pourquoi : si la décision de l’Alyah est une décision difficile et tout à fait personnelle, lorsqu’un juif français a décidé de partir et d’aller vivre en Israël, il est de la responsabilité de l’Etat d’Israël, de la communauté francophone sur place, et aussi de la communauté juive française de lui donner les meilleures chances de réussite pour qu’on n’assiste pas à des échecs et à des « yordim » qui sont souvent des catastrophes humaines.

A.J.: Comment voulez-vous agir concrètement pour les olim français ?

M.E. : Qualita a trois objectifs. Aider les associations existantes à se structurer professionnellement, notamment par des groupes de travail et des partenariats qui sont en train de se mettre en place. Réfléchir aussi, et réunir dans le cadre d’un laboratoire, toutes les initiatives – et elles sont nombreuses – visant à aider les olim de France. Qualita est en train de créer un laboratoire scientifique avec l’université de Bar Ilan qui nous permettra de mesurer l’Alyah française avec des outils académiques avec d’une part, le nombre de olim qui restent, qui repartent, ce qu’ils font, les villes où ils habitent et d’autres parts, des éléments sur ce que cette Alyah apporte économiquement à l’Etat d’Israël. Nous venons ainsi de démontrer que dans les trois à six prochaines années, les retraités français apporteront à eux-seuls 25 milliards de shekels à l’Etat d’Israël. Le dernier objectif de Qualita est, enfin, l’action de lobbying politique non partisan pour obtenir de la part du gouvernement israélien des avancées comparables à celles obtenues par les russes et les américains. Les autorités israéliennes nous ont dit à quel point la réunion de plusieurs associations par Qualita leur simplifiait les choses.

A.J. : Pourquoi les francophones ne s’étaient-ils pas fédérés plus tôt ?

M.E. : Vous savez, les Français sont les rois pour se diviser mais aujourd’hui la situation est grave. Je suis persuadé que 50.000 juifs quitteront la France dans les prochaines années même si je ne suis pas sûr qu’ils partiront en Israël. Je me bats constamment dans mes responsabilités à l’Alliance ou dans la Fondation Gordin pour que ceux qui veulent rester en France puissent rester et assumer pleinement leur judaïsme. J’investis du temps et de l’argent pour cela. Mais je me bats aussi pour que ceux qui partent en Israël partent dans les meilleures conditions possibles.

« L’Alyah est un choix personnel mais une responsabilité collective »

A.J. : Vous dites que les yeridot sont des catastrophes humaines. Etait-ce pour vous un crève-cœur d’assister à ces échecs ?

M.E. : Bien sûr. Il ne devrait pas y avoir une yerida de France mais la difficulté jusqu’à présent était que les institutions n’étaient pas suffisamment outillées pour recevoir plus de 2.000 olim français par an. L’Etat d’Israël a une responsabilité historique vis-à-vis de ceux qui arriveront demain par dizaines de milliers. Chaque vague d’Alyah n’amène pas seulement de l’argent, mais de la culture, du sionisme, des projets. A nous de conjuguer ces efforts, c’est un investissement.

A.J.: Quelles sont vos relations avec l’Agence juive ?

M.E. : Nous travaillons avec elle au jour le jour. Nous allons présenter un plan ensemble, en adjoignant même Nefesh be Nefesh pour favoriser l’accueil du plus de juifs français possibles. Nous allons faire 62 propositions de changement et des demandes d’action. Dernièrement, nous avons obtenu une victoire symbolique et absolument collective dans laquelle Qualita a toutefois joué un rôle important avec la reconnaissance du diplôme des dentistes. Grâce au docteur David Tibi, à Meyer Habib et beaucoup à Elie Elalouf, nous avons dit devant la Knesset que nous ne cèderions pas sur cet examen et que nous étions prêts à aller jusqu’à la Cour Suprême s’il le fallait.

A.J.: C’est de cette manière que vous envisagez l’action de lobbying politique ?

M.E. : La reconnaissance des dentistes est une oeuvre collective mais ce qui est intéressant, c’est que le docteur Tibi a décidé de travailler avec des intellectuels français et des personnes influentes de la communauté francophone pour faire du lobbying. Il a décidé, et j’ai accepté, de le faire dans le cadre de Qualita. D’autres professionnels peuvent nous rejoindre représentant d’autres corps de métiers.

A.J.: Mais ne croyez-vous pas que l’intégration des olim français passe aussi par un changement de mentalité des Français eux-mêmes ?

M.E. : Nous devons faire un effort pédagogique auprès des Français. Il est clair, pardonnez-moi l’expression, qu’Israël n’est pas un pays d’assistés et qu’il n’aura jamais le même système d’aides sociales que la France. Israël est un petit pays en guerre avec un budget de défense important. La vie en Israël n’est pas facile. Là-bas, rien n’est un dû. Mais si chacun fait des efforts à son niveau et si collectivement, nous partageons ces efforts, tout se passera bien. Pendant Hol Hamoed Pessah, Qualita organisera une course de 6 kilomètres. Les 3 premiers kilomètres seront courus par des Israéliens qui veulent aider les olim francophones. Ils transmettront le bâton à des olim français sur les 3 derniers kilomètres comme le symbole de l’opportunité historique qui est à notre portée.

Source: http://www.actuj.com/2016-02/france/2990-marc-eisenberg-une-opportunite-historique-est-a-notre-portee