Après la tentative d’assassinat d’un juif religieux à Marseille, le président du Consistoire de la seconde ville la plus grande de France, Zvi Amar, a lancé un appel qui a ameuté toute la France (tant parmi les juifs que les non juifs) : il a conseillé aux membres de sa communauté de cesser de porter la kippa dans la rue.

‘’La polémique de la kippa’’ avait commencé. Mais quelle est sa motivation ? Sûrement pas l’aspect religieux puisqu’il n’existe aucune obligation de porter une kippa dans la rue. En vérité, il ne s’agit que d’une coutume. Plus encore, en cas de menace réelle, il est même interdit de la porter.

Sans l’ombre d’un doute, ce qui a causé ce débat est politique : la France est-elle en train de plier l’échine face à la menace terroriste ? Si on retire aujourd’hui la kippa, peut-être demandera-t-on demain de raser les barbes et après-demain, d’imposer une chirurgie esthétique qui redresserait les nez ?

Non, bien entendu. C’est pourquoi le président du Consistoire central, Joel Mergui, le président du CRIF, Roger Cukierman, et le Grand rabbin de France, Haim Korsia, ont condamné les propos de Amar.

Les députés Méir Habib et Claude Goasguen, lui-même non juif, se sont rendus au Parlement français, ornés d’une kippa.

Alors pourquoi cette polémique a-t-elle pris une telle ampleur ? Ce n’est pourtant pas la première fois qu’un Juif est attaqué parce qu’il porte la kippa. A Brooklyn même, deux attaques de ce type ont eu lieu récemment.

Mais pour la communauté juive de France, traumatisée depuis dix ans, après des attaques répétées et plus meurtrières l’une que l’autre (Ilan Halimi il y a dix ans, l’école de Toulouse, les cris de ‘’mort aux Juifs’’ dans les rues de Paris en été 2014, le massacre de l’Hypercasher), ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase.

Et même si le gouvernement français est l’allié de la communauté juive, et malgré les efforts remarquables déployés pour la défendre, les Juifs se sentent pourtant encore en danger. Et on leur demande maintenant de se cacher.

Le seul endroit sur terre où l’on peut porter la kippa sans crainte est Israël.

Durant ces deux dernières années, 15 000 Juifs sont montés en Israël depuis la France. Mais pour tout olé qui monte, des dizaines attendent de voir comment il sera intégré, pour décider eux-mêmes s’il faut immigrer et vers quel pays. Il est fort possible que durant les trois prochaines années, 50 000 Juifs quittent la France. Mais il n’est pas certain qu’ils se rendront en Israël. Nous savons que des pays comme le Canada ou l’Australie ont développé une stratégie particulière pour encourager l’immigration des ressortissants occidentaux.

Peut-on dire qu’Israël fait tout ce qui est en son pouvoir pour leur assurer une intégration de qualité ?

Très malheureusement, la réponse est non.

Cela n’a de cesse de surprendre, car il s’agit en effet d’une opportunité historique pour l’Etat d’Israël : il s’agit d’une alya forte, très sioniste, composée de personnes possédant une formation générale, qui peut contribuer de manière significative à l’économie d’Israël. Il s’agit d’hommes d’affaires dont la délocalisation de leur entreprise pourra renforcer la compétitivité, améliorer le service et verser plusieurs centaines de millions de shekels à l’économie du pays. Il s’agit de médecins, de spécialistes, de pharmaciens et d’infirmières, pour la formation desquels l’Etat d’Israël n’a pas investi un sou, et qui peuvent renforcer le système médical israélien qui a tant besoin de main-d’œuvre…  Si seulement on leur accordait un permis de travail… Si seulement on calculait combien d’argent entre dans les caisses de l’Etat lorsque des retraités qui ont travaillé en France dépensent ici l’argent de leur retraite… Je vous ai épargné le calcul : cette somme s’élève à quelques 20 milliards de shekels pour le marché israélien !

La kippa n’est qu’un symptôme et l’intégration des olim de France est une obligation morale pour l’Etat d’Israël. Mais au-delà de cela, il s’agit d’une opportunité historique pour l’économie et la société israélienne que nous ne pouvons rater.

Bref, la question n’est donc pas la kippa, mais la klita.