Marc Eisenberg est un homme d’action. Depuis son entrée météorique dans le monde français des affaires, avec la création de la première société de conseil opérationnel en réduction de coût, puis parallèlement par son engagement philanthropique et communautaire, Marc Eisenberg privilégie les résultats aux belles paroles.
« J’ai créé la première société de conseil en réduction de coûts à demander à être payée uniquement en fonction des résultats obtenus. C’est ça, ma philosophie : la méritocratie ». Dès le départ, le ton est donné : Marc Eisenberg est quelqu’un qui veut des résultats, du concret et, on peut le dire,  »moins de parlotte ».

C’est précisément cette approche qui l’a motivé à créer Qualita et qui guide sa stratégie. Qualita pourrait être définie comme une serre visant à renforcer et à mieux coordonner les multiples associations d’aides à l’alya et à l’intégration, tout en mobilisant davantage de fonds publics pour l’alya de France et promouvoir les droits des Olim face aux autorités israéliennes.
@ De Yéshouroun à l’Alliance israélite universelle et à Qualita, une même philosophie

On connaît tous son père, le rabbin Josy Eisenberg, qui présente depuis maintenant plus de cinquante ans l’émission La source de Vie, qui a démocratisé le judaïsme pour des millions de Français, juifs et non juifs. Marc Eisenberg œuvre dans d’autres sphères, mais il tire son énergie, sa philosophie, ses méthodes, de cette même source de vie.
Et surtout, quand il croit en un projet, il est prêt à tout pour qu’il se réalise. Comme lorsqu’il y a de nombreuses années, encore étudiant, et actif au sein du mouvement de jeunesse Yéshouroun, il fait du porte-à-porte pour convaincre les parents de la région de Verneuil, en région parisienne, d’inscrire leurs enfants au Talmud Torah qu’il a décidé de créer : « J’ai pris le bottin, j’ai repéré les noms juifs et je me suis présenté :  »Bonjour, nous sommes en train de mettre sur place un Talmud Torah et nous serions heureux que votre enfant y participe ». Ce à quoi on m’a parfois répondu :  »C’est très gentil, mais je m’appelle De Cohen, et je ne suis pas Juif. Arrêtez de m’embêter ». In fine, nous avons réuni une centaine élèves à qui nous enseignions le judaïsme, mais aussi l’hébreu, ce qui ne se faisait pas trop à cette époque ».

Peu connu du grand public, il est pourtant l’un des hommes d’affaires les plus actifs de France, mais aussi, depuis 2011 le président de l’Alliance israélite universelle, en marge de ses nombreuses activités philanthropiques. Enfin, depuis juin dernier, il préside Qualita, une association dont les ambitions ne rivalisent qu’avec les moyens accordés pour les réaliser.

« J’ai créé ma société, Alma Consulting, en 1986. Il s’agissait d’un concept tout nouveau en France puisqu’il s’agissait de conseiller en gestion d’entreprises afin que celles-ci dépensent moins d’argent, payent moins d’impôts et de taxes, le tout sans jamais toucher à l’emploi. Alma s’est beaucoup développée, je l’ai vendue à des Américains, je l’ai ensuite rachetée et à son apogée, nous avons atteint les 1 700 salariés. Nous avions un bureau parisien, un bureau européen mais aussi une petite antenne israélienne qui nous a permis d’obtenir des aides européennes pour les sociétés israéliennes ».

En 2012, Marc Eisenberg quittera son poste de président opérationnel d’Alma et aujourd’hui, après avoir définitivement quitté Alma (et immigré en Israël), il poursuit ses activités d’hommes d’affaires tout particulièrement dans le domaine de  »l’investissement providentiel » dans plusieurs entreprises, notamment dans le domaine des start-up et du high-tech. Il se consacre aussi totalement à ses activités philanthropiques et communautaires, en France et en Israël.

La liste des associations et œuvres qu’il soutient est impressionnante, même s’il faut fortement insisterpour qu’il accepte d’en dresser la liste dont on sait par avance qu’elle est loin d’être exhaustive. Au premier rang desquelles, bien sûr, l’Alliance israélite universelle.

« Je préside depuis 2011 l’Alliance israélite universelle, dans laquelle je m’étais investi depuis quelques années déjà. Il s’agit dela plus ancienne institution juive internationale et je suis très attaché à son cœur de métier, l’éducation, une éducation juive traditionnelle et ouverte. Je suis encore ému de savoir que j’ai succédé à des géants comme Adolphe Crémieux ou René Cassin, pour ne citer qu’eux », déclare-t-il. Pour lui, l’Alliance porte bien son nom puisqu’elle constitue, précisément, « l’alliance entre le judaïsme et les droits de l’Homme ». En France, l’Alliance est notamment à la tête d’un réseau scolaire important et de la première Bibliothèque privée juive d’Europe, une ressource patrimoniale essentielle. En Israël, l’organisation est impliquée dans des centaines de projets éducatifs dans plus de 150 écoles et communautés de par le pays qui réunissent plusieurs dizaines de milliers d’enfants, de jeunes et d’adultes. Notre Institution a un rôle essentiel à jouer dans les besoins éducatifs francophones, notamment avec l’augmentation de l’Alya française.

-On m’a chuchoté que vous étiez également un féru de sport…

– « C’est vrai, j’adore le sport. En France, j’ai été sponsor de la ligue nationale d’athlétisme et je compte bien continuer à soutenir ce sport en Israël également ».

Marc Eisenberg poursuit d’ailleurs un objectif bien précis pour l’athlétisme israélien : « Mon but c’est que dans six à dix ans, nos athlètes nous ramènent des médailles olympiques. Parce que tout d’abord, cela va faire de la publicité, qui ne coûte finalement pas très cher mais surtout est extrêmement sympathique, pour l’Etat d’Israël. Et ensuite, cela permettra de réjouir les Israéliens au-delà de toutes les barrières religieuses, politiques… Ce sera un moment d’unité ».
L’unité. Un mot qui reviendra souvent tout au long de cet entretien. « Je suis triste et je me bats contre la distance entre non-religieux et orthodoxes en Israël et dans le monde. Manitou disait :  »Tout juif est juif, même les juifs pieux, même les juifs non-sionistes, les juifs enrhumés et les juifs philatélistes… ». Je souscris à chaque mot ».

@Rien ne va, et pourtant…

Monter en Israël, Marc Eisenberg y songe depuis qu’il a 18 ans. « Après, ça prend un peu de temps… », ironise-t-il, le sourire en coin.
Et aujourd’hui qu’il a franchi le pas, il est particulièrement conscient des difficultés que les nouveaux immigrants rencontrent : « . Pour beaucoup de gens, quitter une culture, quitter un pays, quitter ses amis. C’est un déchirement… ».
Bien avant d’arborer fièrement sa Téoudat Zéout, Marc Eisenberg avait compris quelle était la principale qualité des Israéliens : la résilience, cette capacité à traverser les épreuves sans se briser.
Mais en marge de son œil bienveillant, le président de Qualita est également conscient des  »maladies » dont souffre Israël : « Si on regarde ce qui ne va pas, alors rien ne va. Nous souffrons ici d’une politique clientéliste, qui ne se soucie pas assez de l’intérêt général. Les disparités entre riches et pauvres sont insupportables, la vie est très chère, les salaires sont bas. Les transports, le trafic, la façon dont les Israéliens conduisent… Ils pourraient rendre antisémite le plus vieux des Juifs ! Rien ne va, et pourtant, ça va : il y a peu de chômage, au niveau technologique, Israël est un miracle, les Israéliens sont parmi les plus heureux du monde… Quand je demandais à ma sœur ce qu’elle faisait en Israël, elle me répondait : je vis. Voilà ».
Et de rebondir sur un autre trait d’humour, de son père cette fois : « Il dit souvent que la situation des Juifs n’est pas si difficile que ça puisqu’il n’y a que deux endroits où ils sont en danger : en Israël et en diaspora ».

@ Qualita : une  »klita » de qualité

C’est donc muni de cet  »axiome de base » que Marc Eisenberg a fondé en juin dernier Qualita : « Nous voulons aider les Olim francophones. Néanmoins, il n’était pas question de devenir une énième association mais plutôt de coordonner l’action de celles qui existent et de soutenir leur excellent travail. Notre objectif est de les réunir sous un même toit afin que chacune d’elles sache ce que font les autres ».
Car l’un des écueils auquel l’alya de France doit faire face, c’est sans doute la multiplication des interlocuteurs associatifs qui se tournent vers le gouvernement pour obtenir des budgets et une reconnaissance. « Nous devons absolument parler d’une seule voix pour obtenir davantage des pouvoirs publics. Car ce qui se passe dans les faits, c’est que les Français sont les oubliés du partage des subventions accordées aux Olim. Normalement, tout le monde devrait avoir droit à la même chose mais, malheureusement, cela ne se passe pas comme ça. Quand vous avez une organisation russe qui représente un million de personnes, une organisation américaine qui annonce qu’elle va poser tant de millions de dollars sur la table, vous avez 25 petites associations francophones – petites pas dans le sens péjoratif, bien entendu – qui se tournent vers le ministère de l’Intégration. Et lorsque celui-ci est assez aimable pour accorder à l’une quelques maigres subsides, les 24 autres se plaignent de n’avoir rien reçu. Et comme, politiquement parlant, les Français n’existent pas, alors que les Russes ont des députés à la Knesset, et qu’on sait le poids financier du judaïsme américain, le résultat est là ».
Pas question pour autant d’utiliser Qualita comme tremplin pour entrer en politique : Marc Eisenberg s’est engagé solennellement à ne pas faire de politique et ce, jusqu’à 120 ans. Une promesse qu’il a tenu à intégrer dans la charte de Qualita…
Mais réunir toutes les associations, est-ce possible ?: « Franchement, tout le monde m’avait dit que ce serait impossible mais à ce stade, ça marche bien mieux que ce que nous avions prévu et je pense que la majorité du tissu associatif francophone comprend l’intérêt ».
D’ailleurs, Qualita ne compte pas s’adresser uniquement au gouvernement mais également aux organisations israéliennes et internationales, comme le Joint, ou même des organisations françaises qui, face à un interlocuteur unique, pourront mettre en place de nombreux projets en faveur de l’alya francophone.

« La décision de faire son alya est une décision importante, personnelle, qu’il faut respecter, et une fois qu’un Juif est décidé à faire son alya, cela devient la responsabilité de tout le monde et notamment de sa communauté d’origine, que de faire que cette alya se passe bien », affirme M. Eisenberg.

@ La méthode Qualita

Sur le terrain, Qualita, c’est aussi un portail – ou plus précisément un  »portail des portails » – où l’on peut trouver des liens vers les sites de toutes les institutions francophones et organismes gouvernementaux et étatiques liés de près ou de loin à l’alya, mais aussi des informations pratiques sur le logement, l’intégration professionnelle, l’éducation, les formations… :« Nous avons également écrit un programme, très précis, des mesures qu’il faut prendre pour améliorer la qualité de l’intégration des Juifs de France et l’avons présenté au ministre de l’Alya et de l’Intégration, Zéev Elkin. Il est aujourd’hui évident que le meilleur encouragement à l’alya, c’est tout simplement la bonne intégration des olim ».
« Nous réfléchissons dans tous les domaines. Nous nous penchons sur les dossiers  »classiques » mais nous réfléchissons aussi à innover. Nous travaillons depuis quelques temps sur l’éventualité de faire de la micro-finance et d’aider par les prêts de jeunes entrepreneurs français. A l’autre bout de l’échelle, nous avons été contactés par des personnes qui nous ont dit qu’elles ne viennent pas en Israël parce qu’elles ne peuvent pas abandonner en France leur vieux père ou leur mère ; je travaille donc avec un ami investisseur pour monter une maison de retraite francophone. Nous envisageons aussi la création d’un Hub pour l’emploi et l’entreprenariat, très moderne, qui réunirait tous les acteurs actifs pour la réussite professionnelle et serait un lieu de travail et de networking. Les projets ne manquent pas », annonce Marc Eisenberg.
Il émet une condition à la réussite de ce projet : l’éveil des consciences côté israélien ou plutôt la fin des préjugés sur les olim de France : « D’un côté, contrairement à ce que certains croient, les Olim français ne sont pas tous venus avec des valises pleines d’argent, loin de là. De l’autre, on oublie parfois l’apport immense que l’alya de France peut offrir à Israël, à tous les points de vue. Il ne faut pas avoir honte de le dire : c’est dans l’intérêt d’Israël d’accueillir les nouveaux immigrants de France. Ils apportent avec eux une expérience, un savoir-faire, une culture, une philosophie, un savoir extraordinaires. Nous comprenons bien qu’Israël ne pourra jamais rivaliser avec la France quant aux sommes accordées à ceux qui ont moins de ressources. Néanmoins, nous sommes en droit d’exiger l’égalité des droits et c’est d’ailleurs ce que j’ai souligné au ministre de l’Alya et de l’Intégration que j’ai rencontré lors de la présentation de notre plan. Il est inconcevable que les olim de France, qui représentent 27% du total des olim en 2014, ne reçoivent par exemple que 9% de l’aide à la reconversion professionnelle. Nous ne demandons pas plus que les autres, mais nous exigeons l’égalité des droits », martèle-t-il.
Pour le président et fondateur de Qualita, cette association est susceptible de réaliser une véritable révolution dans l’intégration des Juifs de France mais aussi dans l’esprit du leadership israélien : « J’invite tous ceux qui veulent participer à cette révolution à nous rejoindre. C’est notre devoir à tous, en tant que membres de la communauté franco-israélienne, de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que les Olim de France aient la chance d’exprimer le meilleur d’eux-mêmes, en Israël ».