Ça y est, c’est le grand saut !
Vous y êtes ! Nous y sommes ! J’y suis !
Une Israélienne en Israël !
Téoudat Zéout en poche, je vais enfin pouvoir jouir de tous les plaisirs à l’israélienne, à commencer par apprendre mon numéro d’identité par cœur, premier bon réflexe d’Israélienne aguerrie. Eh oui, ici c’est un peu comme le numéro de sécurité sociale, en pire… Pour inscrire les enfants à l’école, pour aller chez le médecin ou même pour prendre la carte de membre de cette marque israélienne qui me permettra d’acheter la petite robe couleur locale à -70%!

Sans oublier l’ouverture du sacro-saint compte bancaire indispensable pour vivre à fond les joies de la banque.

Mais oui, les joies de la banque! Non, vous n’avez pas la berlue. Pensez juste aux 30 appels en absence qui s’affichaient sur votre téléphone après 4 jours de Yom Tov suivis de shabbat, avec en tête de liste le numéro privé de la banquière. Vous allez me recevoir 5 sur 5.

Ça donnait à peu près ça : la voix blanche et mécanique qui me demande si j’ai disparu de la surface de la terre pour aller fricoter avec les as du C02 (au passage, merci les gars, merci !). Non parce qu’avec le prêt généreux qui vient de m’être accordé, ce n’est pas le moment de disparaître mais plutôt de venir couvrir mon découvert d’urgence!

Bonne nouvelle: ici, tout ça, c’est fini !
Ma banquière, pratiquante ou pas, fait comme moi le shabbat ou Yom Tov: elle ne travaille pas ! Normal, nous respectons toutes les deux le même calendrier national! Le bonheur…
Et puis autre source de félicité, ici, le découvert, elle s’en fout ma banquière. Bon, bien sûr, j’ai du montrer patte blanche pendant trois mois. Sourire Colgate, gestion parfaite et rentrées régulières (même succinctes) pour négocier mon découvert, mais une fois négocié, pas besoin de repasser créditeur tous les 15 jours, il suffit de rester dans la limite du découvert autorisé et même si je reste dans le rouge toute l’année (oui, toute l’année) sans jamais repasser créditeur, eh bien, à part des agios (vu leur taille, je devrais dire des AGIOS), la banquière continuera de me sourire, de me tutoyer (en même temps, ici, elle n’a pas d‘autres choix), de manger sa salade pendant notre rendez vous, sans oublier de me proposer un prêt supplémentaire pour combler mon salutaire découvert. Elle pourra en option me demander des nouvelles de ma mère qu’elle adore (bon là, ok, personne n’est parfait …)

Bref, avec Yéoudith, Ruthie ou Pnina j’ai eu la bizarre impression d’être en famille. Parce que si Ruthie se fout de mon découvert, elle n’oublie jamais de me dire Mazal Tov pour les événements heureux qui me touchent. Cet été, elle a pleuré avec ceux qui sont restés sans nouvelles pendant 3 semaines de leurs fils en poste à Gaza. Elle n’oublie pas non plus de me faire la fameuse Si’hat ‘Hinou’h (en gros : la leçon de morale) que tous les francophones éclairés détestent (mais la il faudra que je m’y fasse car ici, c’est le sport national)…
Ben oui. Mais en même temps, je ne devrais peut-être pas dépenser plus que je ne gagne et je ne devrais pas non plus avoir quatre cartes de crédits…

Et puis, je voudrais quand même dire merci au 7900 nouveaux immigrants cuvée 2015 … Grâce à eux, chaque établissement bancaire ou presque a maintenant des chargés de compte qui parlent français. Au début, ça aide. Pour ma part, ça m’aurait évité de chercher pendant deux heures ce que j’avais bien pu acheter dans ce magasin « ???  » qui revenait tout au long de mon relevé bancaire. Oui bon, c’était juste la liste des ‘’chèques ‘’ que j’avais libellés (je sais j’ai perdu une occasion de me taire).

Donc, ces francophones très recherchés dans les établissements bancaires, arrivés en Israël depuis longtemps, sont non seulement valorisés grâce à vous, mais ils nous aident à investir, à mieux gérer notre quotidien ou tout simplement à recréer des repères.

Alors forcement je suis plus décomplexée, donc je m’explique sans honte et je n’hésite plus à demander. Car il faudra vous habituer: ici, toute question non formulée n’aura pas de réponse. Les sous-entendus, les non-dits, la banquière, elle connait pas…

En gros et pour conclure, vous l’aurez compris, le soutien, voire l’amitié de la banquière, c’est un bon début pour s’ancrer dans votre nouvelle vie, alors courage!

Welcome et rendez-vous, non pas aux guichets car ils vont bientôt disparaître, mais devant la machine qui imprime les carnets de chèques en cinq minutes (eh ouais). Si vous êtes sage, promis, je vous présenterai ma meilleure copine. Voila, c’est dit !

Cathy Choukroun pour Qualita